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Effets négatifs de l’agriculture urbaine au Zimbabwe

Au Zimbabwe, certaines municipalités sanctionnent les cultivateurs urbains pour usage illégal des terres, tandis que d’autres ferment les yeux sur des pratiques non conformes aux plans d’urbanisme. La croissance rapide des cultures maraîchères en périphérie des villes a coïncidé avec une augmentation des maladies d’origine hydrique, selon plusieurs rapports sanitaires. Les réglementations environnementales restent peu appliquées, malgré la multiplication des plaintes pour pollution des cours d’eau et dégradation des sols.

Pourquoi l’essor de l’agriculture urbaine au Zimbabwe suscite autant d’espoirs et d’inquiétudes

La montée en puissance de l’agriculture urbaine au Zimbabwe répond à une réalité brutale : la crise alimentaire qui a suivi la réforme agraire de 2000, marquée par la politique menée sous Robert Mugabe, a bouleversé l’équilibre agricole du pays. Les conséquences furent immédiates : le secteur traditionnel s’est effondré, laissant des millions de citadins dans l’incertitude alimentaire. Jadis, le maïs, le blé ou encore le tabac assuraient la subsistance, mais aujourd’hui, ces cultures ne suffisent plus à nourrir une population urbaine en croissance rapide.

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Le développement des jardins urbains incarne la volonté de s’émanciper de l’instabilité des circuits d’approvisionnement. L’administration Mnangagwa, qui place l’agriculture au cœur de ses ambitions économiques, soutient ce mouvement. Selon la FAO, le secteur agricole, moteur de l’emploi pour 60 à 70 % de la population, pèse 17 % du PIB. Pourtant, ce recours massif à la production informelle bouleverse les équilibres urbains, notamment en matière de gestion de l’eau.

Les grandes organisations humanitaires, PAM, ACF, Nutrition Action Zimbabwe, tirent la sonnette d’alarme. Si l’agriculture urbaine atténue temporairement la malnutrition et la pauvreté, elle exerce une pression inquiétante sur les milieux naturels des villes. Les épisodes de sécheresse, aggravés par le dérèglement climatique, multiplient les risques sanitaires, comme l’a révélé l’épidémie de choléra de 2024. Urbanisation accélérée, croissance démographique et infrastructures défaillantes jettent une ombre sur la viabilité de ce modèle de développement.

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Voici les principaux défis qui se dessinent :

  • Autosuffisance alimentaire : un défi quotidien pour des familles urbaines sans accès aux terres rurales.
  • Insécurité alimentaire : conséquence directe de la crise du secteur agricole et des politiques foncières contestées.
  • Dégradation des systèmes urbains : réseaux d’eau fragilisés, pollution accrue, disparition progressive de la biodiversité.

Dégradations environnementales et tensions sociales : des conséquences souvent sous-estimées

L’expansion de l’agriculture urbaine au Zimbabwe redessine le paysage des villes, mais pas sans soulever de sérieuses inquiétudes. À Harare ou Bulawayo, les potagers grignotent les zones vertes, souvent sans la moindre régulation. Cette occupation sauvage du foncier alimente la déforestation et nuit à la biodiversité. Les sols, épuisés par une exploitation intensive, deviennent infertiles. L’usage généralisé d’engrais chimiques et de pesticides, motivé par la recherche de rendements rapides, contamine les nappes phréatiques et menace la santé des habitants.

Les sécheresses à répétition, comme celles de 1991-1992 ou provoquées par El Niño, accentuent la pression sur des ressources en eau déjà précaires. Les réseaux d’adduction, en mauvais état, ne suffisent plus à répondre à la demande des maraîchers urbains. Cette concurrence pour l’eau aggrave les tensions avec les riverains, qui subissent coupures fréquentes et baisse de la qualité de l’eau potable. L’épidémie de choléra de 2024, touchant 35 000 personnes et causant 600 décès, illustre l’ampleur du problème : les points d’eau improvisés, souvent mal entretenus, ont favorisé la propagation de la maladie.

Les enjeux sociaux ne sont pas en reste. La gestion du foncier urbain vire parfois à l’affrontement, notamment dans les quartiers issus de l’occupation illégale des fermes commerciales sous l’égide du ZANU (PF) après la réforme de 2000. Sans sécurité foncière, les rivalités entre familles s’exacerbent. Les autorités locales, tantôt passives, tantôt actrices de la discorde, entretiennent le flou. Les ONG, telles qu’Action contre la Faim ou International Medical Corps, mettent en garde contre l’aggravation de la pauvreté urbaine et la précarisation des travailleurs agricoles, souvent exclus des services fondamentaux.

Les conséquences de cette situation se manifestent de plusieurs façons :

  • Déforestation et perte de biodiversité dans les zones périurbaines
  • Pollution des ressources en eau et multiplication des risques sanitaires
  • Conflits d’usage du foncier urbain et tensions sociales persistantes

Quels leviers pour concilier besoins alimentaires et respect des écosystèmes urbains ?

Face à la pression démographique et à la multiplication des systèmes de production urbaine, plusieurs approches émergent pour limiter l’impact sur les écosystèmes. L’essor des pratiques agroécologiques s’accélère, porté par des initiatives pilotées par la FAO, la Team Europe Initiative (TEI) ou des ONG telles qu’Action contre la Faim. À Harare et Chitungwiza, on teste l’introduction de variétés de maïs résilientes, le compostage en milieu urbain et la gestion raisonnée de l’eau.

La formation en agriculture adaptée au climat, menée par l’État et soutenue par 1750 agriculteurs formés, marque un tournant. La feuille de route décennale (2018-2028) encourage la réduction de l’usage d’intrants chimiques et la restauration de la fertilité des sols. Le projet Raiz s’attelle à mesurer concrètement l’efficacité de ces innovations sur le terrain.

Renforcer la gouvernance foncière représente un autre axe d’action. Clarifier les droits d’usage, planifier l’urbanisme et mieux encadrer les cultures sur l’espace public pourraient apaiser les tensions sociales. Les collectivités, longtemps absentes, commencent à dialoguer avec les maraîchers pour organiser l’accès à l’eau potable et freiner la contamination des réseaux.

Parmi les pistes actuellement explorées, on peut citer :

  • Développement de l’agroécologie et de l’agriculture résiliente face au climat
  • Amélioration des infrastructures d’eau et d’assainissement
  • Encadrement juridique des activités agricoles dans les villes

La FAO et l’Union européenne rappellent que préserver la sécurité alimentaire ne doit pas se faire au détriment de la qualité de vie urbaine. Réduire la vulnérabilité des familles demande une approche globale, bien loin de la seule course au rendement. La ville agricole ne s’invente pas à la va-vite : elle se construit, à pas comptés, entre promesses et incertitudes. Qui saura trouver l’équilibre ?